L'illustre famille de Créquy

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Actualités des Créquy

Présentation

12/02/2009 16:31

 

Les Créquy-Verchin: une illusion généalogique

La question des Créquy- Verchin agite depuis de très nombreuses années la communauté des généalogistes du Haut-Pays et d'ailleurs. Par les de Créquy/Decréquy  des régions de Fruges et de Fauquembergues qu'ils retrouvaient parmi leurs ancêtres, ils pouvaient prétendre remonter à la famille illustre du même nom, et par delà aux familles princières et royales du Moyen-Age et, pourquoi pas, à Ramsès II (travaux solides et spéculatifs de Christian Settipani), voire à Adam et Eve (mais dans ce cas, il faut vraiment tordre les filiations, à coup de spéculations gratuites).

La genèse de ce montage généalogique date du XIXème siècle quand les familles embourgeoisées Decréquy originaires du canton de Fruges voulurent relever un grand nom, après la disparition du dernier rejeton mâle de la famille aristocratique en 1801. Il y a une part de vanité dans cette démarche. Remarquons que sur le fond, la question n'était pas fantasmagorique. A la fin du Moyen-Age, les Créquy, à l'exemple de bien des familles aristocratiques et autres, ont été généreux de leur semence et les nombreux bâtards qu'ils ont produits et reconnus - ils portent leur nom - ont pu essaimer localement en de nombreuses branches, comme probablement à Rimboval. C'était un fait largement admis dans la région de Fruges sous l'Ancien Régime. La documentation, parfois relayée par les généalogistes du XVIIIe siècle, nous permet de connaître quelques-unes d'entre elles. 

Une généalogie des Créquy conservée à la bibliothèque municipale de Saint-Omer (ms 1720, daté de 1623), indique que Philippe de Créquy, seigneur de Bernieulles, eut d’une concubine, Gasparde de Verchin, un fils, nommé Gaspard, né peut-être vers 1525, mention ancienne , un petit siècle après sa naissance supposée. Les Decréquy/de Créquy de Fruges, à travers les constructions généalogiques qu'ils ont produites dès la fin de Second Empire, prétendaient se rattacher à ce personnage. Un archiviste de Paris, Cuvillier Morel d'Acy possédait en 1867 un manuscrit sur ce sujet,  copié cette même année par Arthur de Créquy puis par divers membres de la famille (le Dr Decréquy de Boulogne en 1909 avec quelques notes ajoutées et extraits d’actes). C'est cette version qu'a repris  Roger Rodière (AD Pas-de-Calais, 12 J 91 ). En 1984, le regretté Pierre Duvauchel publiait dans le n° 3 des Dossiers Généalogiques du Comité d'Histoire, sans en faire la critique, une copie faite par le Docteur Decréquy.

Ce travail révèle, à l'analyse, plusieurs strates dans sa conception. 

II utilise les données de François Joseph Gallet, notaire à à Fressin en 1781,  qui semble avoir donné les premiers degrés de la descendance (1150-1650) , en s'appuyant sur des documents notariaux et domaniaux en apparence disparus depuis. D'après Rodière, il se serait appuyé sur des papiers de famille pour fournir les précisions sur Coupelle, dont les registres de catholicité ont disparu dans l'incendie de l'église en 1738. 

Les filiations pour partie du XVIIe, les XVIIIe et XIXe siècles sont fondées sur la consultation de l'état civil. Les renseignements postérieurs à 1780 sont dus à Arthur de Créquy

 Il n'en reste pas moins que le XVIIe siècle constitue dans cet échafaudage une espèce de "ventre mou",  pour lequel les références sont maigres, domaine de la conjecture et de la spéculation. 

Mais dans l'ensemble, le sérieux de cet édifice n'était pas vraiment contesté, pas même vraiment par l'érudit Roger Rodière, généralement soupçonneux à l'égard des marchands de merlettes, et c'est pour cela que nombre généalogistes ont utilisé cette généalogie et continuent de le faire, sans vraiment se poser de questions. Il est toujours tentant de se rattacher à une famille illustre !

Depuis cette date, la recherche a évolué, s'est approfondie grâce aux travaux de  Michel Champagne et de Philippe May. Ils démontrent au fur et à mesure qu'ils avancent que la plupart des propositions Créquy-Verchin  sont fantaisistes ou s’avèrent incontrôlables.  De nombreuses erreurs de lectures, des à-peu-près pour la cause, sont régulièrement rectifiés. La partie du socle Gallet, qu'on aurait pu espérer plus solide (mentions bien référencées du XVIe siècle) ne peut être pour l'instant,  corroboré par d'autres documents. L'inquiétant est que les noms de personnages et de familles citées ne se retrouvent pas dans les centièmes de 1569, ni ailleurs,  même si toutes les source, pour cette période un peu plus lointaine, n'ont peut-être pas encore été toutes révélées. Les différentes branches étudiées par Michel (Reclinghem, Ambricourt, Coupelle, bientôt Fruges) montrent des familles en apparence sans liens entre elles (pas forcément pour celles de Coupelle et Fruges, comme l'indiquaient d'ailleurs les généalogies Créquy-Verchin), à moins que ce ne soit à une époque plus ancienne, hors d'atteinte de la documentation. On peut postuler que le loconyme de Créquy peut relever de deux origines:  d'une part une filiation à la grande famille par le biais de la bâtardise, d'autre part un nom d'origine géographique ayant servi à désigner des individus venus du village de Créquy, multiplié à l'extrême. 

La conclusion est évidente: on ne peut plus utiliser les spéculations de la  généalogie des Créquy-Verchin et il faut espérer que les travaux de Philippe May et de Michel Champagne soient diffusés et plus largement connus qu'ils ne le sont de nos jours, ce qui empêcherait nos généalogistes de persévérer dans l'erreur. Mais un petit rappel de l'historiographie de la question était sans doute nécessaire, ne serait-ce que pour montrer comment s'écrit l'histoire, fut-elle généalogique. C'est toujours instructif.